(sur autrebistrotaccodeon.blogspto.com à propos de EISHERZ)
...A bien des égards, ce disque est étrange... je le situe beaucoup plus dans une zone au croisement du jazz et de la musique contemporaine. Ou alors, il faut penser à une sorte de tradition primordiale de musique septentrionale. Peut-être une certaine sensibilité nostalgique ou même mélancolique, une perception du monde en demie teinte. Une expression me vient à l'esprit par analogie avec la peinture : "c'est une musique mate". J'essaie de comprendre ce que signifie ici cet adjectif. Est mat, ce qui n'est ni transparent, ni brillant, ni éclatant. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : une musique plutôt sombre comme le sont les sous-bois ou les paysages nordiques quand le ciel est bas et lourd. Une musique qui évoque la vie intérieure de forêts profondes. Le trombone, la trompette et les saxophones contribuent largement à créer un tel climat. Les mélodies sont souvent retenues, comme si l'on s'engageait dans des chemins forestiers sans les parcourir jusqu'au bout. En tout cas, il y a comme du mystère dans cette musique. Quelque chose de caché ; le contraire d'une transparence.
...en écoutant une nouvelle fois,.., je pense à cette caractéristique fondamentale des systèmes, à savoir que "le tout est plus que la somme des parties". La formule est certes abstraite, mais je la trouve tout à fait pertinente en ce qu'elle permet de distinguer entre un objet constitué comme une juxtaposition ou une simple somme d'éléments mécaniquement associés et un objet dont les éléments forment un réseau ou un organisme quasi biologique. En l'occurrence, au fur et à mesure que j'écoute ces douze titres, je sens des liens se tisser entre eux et, d'une certaine façon, l'écoute de chaque morceau agit en retour sur ma perception de tous les autres. On a affaire à un système et non à une liste. En ce sens, je parlerais volontiers, à propos d'"Eisherz" d'une oeuvre.